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Analyses de la situation

Analyse historique :

Par un machiavélique montage pseudo-démocratique, on constate que les choix initiaux
d'enfouissement dans des couches géologiques profondes sont maintenus. Par contre les meilleures régions jugées favorables en 1981 ne le sont plus aujourd'hui. Pourquoi ?

Analyse de la loi BATAILLE :

La prise en compte par les responsables politiques (gouvernement ROCARD) du problème des déchets à très haute activité et à vie longue augurait en 1991 une prise de conscience publique du risque entraînant des débats ouverts.
Au lieu de cela on ne peut constater qu'une dérive. On se donne bonne conscience avec l'article ler : la loi devra prendre "en considération les droits des générations futures " et ensuite la loi n'offre aucune garantie de réversibilité ; les députés ont refusé l'amendement qui demandait d'inclure l'obligation de réversibilité, seule y subsiste la possibilité. C'est sur ce point que se polarisent toutes les questions des opposants à l'enfouissement en couches profondes. On constate également que les travaux géologiques préalables ont été effectués dans le Gard, la Vienne, la Meuse et la Haute Marne sans que les populations n'aient été consultées. Or l'article 6 de la loi précise "avant tout commencement des travaux de recherche préliminaire, une concertation avec les élus et les populations doit avoir lieu ". Le déficit démocratique est évident.


Analyse technique :

Qu'est ce que la réversibilité ? C'est la possibilité de pouvoir récupérer et reconditionner un colis dont l'enveloppe présenterait une dégradation entraînant une contamination.
C'est également la possibilité grâce à un conditionnement initial adéquat de pouvoir retraiter un déchet radioactif dans le cas d'une découverte, postérieure au stockage, d'un procédé pouvant réduire l'activité ou la durée de vie d'un élément.

Analyse générale et éthique :

Il faut impérativement comprendre que la réversibilité est une condition importante pour une gestion responsable de ces déchets. Car dans ce domaine, on n'a pas droit à l'erreur.
Il semble que dans les conditions et connaissances actuelles un colis stocké de façon définitive (galeries d'accès bouchées) puisse tenir sans se dégrader de 1OO à 400 ans. Après cela les radioéléments risquent, par leur remontée plus ou moins lente, de venir contaminer les nappes phréatiques. La concentration alors de la radioactivité dans la chaîne alimentaire sera une catastrophe pour la santé des populations.
On parle là de nappe phréatique, on ne parle pas de cours d'eau. Faudrait-il évacuer des zones ? On n'a pas droit à l'erreur, on ne doit pas laisser la place au doute. Il faut opter pour ne pas avoir à imaginer ce risque pour une gestion responsable de nos déchets.

L'ANDRA prévoit des barrières techniques : D'abord l'emballage, la vitrification, mais les éléments radioactifs détruiront en quelques années le verre qui les retient. Les galeries de génie civil seront à leur tour attaquées, puis enfin la roche. La barrière géologique qui prendra le relais des emballages déficients n'est pas inerte, elle, est sujette aux accidents naturels (sismicité). La géologie prospective inventée pour la cause n'est pas une science.

Les opposants à l'enfouissement, qui eux ne pensent pas à leur durée de vie politique, mais à la durée de vie des radioéléments proposent de façon responsable un stockage en surface ou semi-surface de l'ensemble des déchets actuels et futurs (démantèlement des centrales). Ces centres de stockages devront être liés aux sites existants (réduction du coût et du risque du transport). Ils devront assurer la réversibilité qui permettra :

l) de reconditionner un colis
2) de retraiter un colis en cas de découverte scientifique.

Cela engage effectivement l'homme d'aujourd'hui à mettre en place des systèmes de "gardiennage " (détection) et ce pour plusieurs milliers d'années, donc fort coûteux. Et c'est là que le bât blesse pour ceux (EDF, CEA, COGEMA etc. ...) qui ont fait l'impasse sur le coût du renouvellement et du démantèlement d'un parc nucléaire (500 à700 milliards) et sur le coût de la gestion des déchets (plusieurs dizaines de milliards ?).
Pour cette dernière impasse on a chargé l'ANDRA de régler le problème au moindre coût.
Aujourd'hui il faut prendre du recul et la sagesse doit s'imposer. Depuis le choix énergétique du nucléaire (1973), on n'a présenté aux populations le prix de revient du Kilowatt/heure qu'en fonction du coût de production. On a fait abstraction du coût d'élimination et aujourd'hui le problème se pose cruellement. Il est inutile de se positionner pour ou contre le nucléaire. Le nucléaire existe et nous avons aujourd'hui à gérer ses déchets. Deux possibilités s'offrent à nous
La formule économique mais à risques de l'enfouissement des déchets en couches géologiques profondes.
Cette solution n'est pas satisfaisante car le sous-sol est le plus mauvais endroit pour stocker des déchets à long terme. Il contient de l'eau qui circule et pénètre tout. Cette eau est extrêmement corrosive et finit par tout altérer. La solution du bon sens est pourtant simple, il faut laisser les déchets à la surface.

CONCLUSIONS

Il faut dépassionner le débat. Nous ne devons pas seulement appliquer un traitement politique à ce dossier. Il ne faut pas non plus se positionner uniquement pour ou contre le nucléaire. Le sujet est plus vaste et d'une autre importance. Les déchets nucléaires existent même si cela ne fait pas plaisir à tout le monde.
Aujourd'hui on se doit de proposer aux populations une alternative
- stockage réversible ou stockage irréversible.
On doit se poser des questions sur l'honnêteté intellectuelle des dirigeants de l'ANDRA. Pendant que les responsables locaux, prônent oralement une réversibilité d'une centaine d'années (délai de réalisation du centre de stockage), L'ANDRA avance dans le sens d'une solution définitive.
Les hommes politiques régionaux se laisseront-ils abuser longtemps, en tentant d'imposer la réversibilité ?
Pourquoi envisager des études en vue de la réalisation d'un stockage en couches géologiques profondes qui coûtent une fortune si ce n'est pour rendre le système irréversible ? Si l'on doit pouvoir y accéder pour reconditionner un colis ou le retraiter, choisissons donc de pouvoir y accéder facilement et fabriquons un centre de stockage moins coûteux en semi-surface.


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