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NEGATION DU POTENTIEL GEOTHERMIQUE DE BURE
(Meuse - Haute-Marne)


Contre-v�rit� d'Etat, posture d'abandon d'�lus locaux

A. Mourot* �, A. Godinot, P. Huvelin
Novembre 2006

 

1. R�sum� en mani�re d'introduction


����������� L'�touffement du potentiel g�othermique de Bure s'est produit en deux �tapes : blocage des �nergies renouvelables dans les ann�es 1980, piquetage d'une aire d'enfouissement � partir de 1994.
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���������� Ce potentiel, optimal � Bure, avait �t� �valu� par le BRGM en 1976-83 sur demande des gouvernements, mais les r�alisations suspendues en 1982. Parall�lement se d�ploie le programme �lectronucl�aire qui double la capacit� de production �lectrique et septuple la dette d'EDF. Il faut vendre aux voisins, on assaille le march� captif du chauffage �lectrique � grand renfort de publicit�. Handicap�e par des taux d'int�r�t �lev�s et quelques d�fauts de jeunesse, la g�othermie est bien rapidement mise au placard et d�savantag�e fiscalement. Elle se r�v�le pourtant �tre une �nergie bon march� et exemplaire, alors que les 2/3 des rejets/d�chets de la fili�re �lectronucl�aire correspondent � de la chaleur jet�e dans l'environnement, et nous fait vivre sous le spectre de l'accident nucl�aire.

����������� Revoil� le nucl�aire � Bure, non plus pour des parts de march�, mais avec les d�chets qui r�sultent de son activit�. Il retrouve la g�othermie sur son chemin. Qu'� cela ne tienne, l'ANDRA trafique bien irrespectueusement les chiffres en 2004-05 pour affirmer que le potentiel est mauvais tout en refusant de faire un forage. Les experts administratifs, soulag�s puisqu'ils sont charg�s de faire appliquer la R�gle Fondamentale de S�ret� qui interdit cette pr�sence, approuvent l'ANDRA.

����������� Au contraire, Bure est au-dessus d'une ressource potentiellement remarquable. On y est au centre de deux structures superpos�es : le golfe d'apport des "gr�s lorrains", puis une puissante accumulation d�tritique permienne qui peut �tre perm�able. Sur les 250 km2 de la zone de transposition, il y a la place pour 40 doublets g�othermiques. Pour �viter des protestations des techniciens fort comp�tents en g�othermie du BRGM et de l'ADEME, on a mis � leur t�te des hauts fonctionnaires qui ont comme r�le �vident de prot�ger les int�r�ts du lobby nucl�aire.

����������� D'un autre c�t�, 2002-06 voient enfin la g�othermie �tre d�fendue en France et en Europe. Et les �lus locaux r�ceptionnent une contre-expertise qui recommande de faire 3 forages pour quantifier son potentiel � Bure. Mais au parlement, ils troquent cette ressource contre une dotation financi�re, autorisant par l� m�me que ce sous-sol soit min�, et que l'eau potable et d'irrigation de l'Oxfordien soit pollu�e � terme.

���������� Le trucage a donc des racines profondes. Nous en analyserons point par point les tenants et aboutissants.

������������ 2�� Qualit�s propres � la g�othermie

������������ 3�� Quantification du potentiel g�othermique de Meuse�Haute-Marne : de 1974 et 1980 � la fin 1982

������������ 4�� D�s les ann�es 80, il y a trop d'�lectricit�

������������ 5�� La pouss�e du chauffage �lectrique, le soutien du nucl�aire et la mise � l'�cart de la� g�othermie

������������ 6�� Le chauffage �lectrique, une h�r�sie thermodynamique

������������ 7�� N�gation du potentiel g�othermique de Bure : le mensonge brut

������������ 8� �Mise en coh�rence� des directions du BRGM et de l'ADEME avec la politique �� �nerg�tique du pays

������������ 9� G�othermie de Bure : le rapport Erdyn

���������� 10� En 2006, la g�othermie a le vent en poupe

���������� 11� Le �Tant pis pour la g�othermie� des �lus locaux de Meuse�Haute-Marne

���������� 12� Il y a tant d'autres sujets de d�sinformation � Bure...

���������� 13� Conclusion : l'abandon r�mun�r� de l'espoir ?


2.� Qualit�s propres � la g�othermie

��������������� La quantit� de chaleur provenant de l'int�rieur du globe et passant � travers la surface du sol, c'est-�-dire le flux g�othermique, est nettement plus faible que le flux solaire arrivant sur cette m�me surface. Cela est d� au fait que la chaleur terrestre a du mal � s'�chapper vers l'ext�rieur. Elle est stock�e sous nos pieds, en grande quantit� et disponible 24h sur 24.

��������������� Dans les bassins s�dimentaires, comme celui dans lequel nous sommes, cette chaleur chauffe toutes les roches ainsi �videmment que l'eau qu'elles contiennent. Pour r�cup�rer la chaleur, il suffit d'acc�der � cette eau chaude par un forage et de la ramener en surface par pompage. Comme la temp�rature du sol augmente avec la profondeur, plus le forage sera profond, plus l'eau r�cup�r�e sera chaude. Dans le bassin de Paris le gradient g�othermique varie relativement peu mais certaines zones sont plus favorables que d'autres si elles sont constitu�es de couches contenant beaucoup d'eau (couches perm�ables ou fractur�es).

��������������� L'eau chaude est d�barrass�e de sa chaleur et renvoy�e dans le sous-sol par un second forage (technique du doublet). Cette chaleur douce, suivant la temp�rature de l'eau r�cup�r�e peut �tre utilis�e pour chauffer des ensembles d'habitations, pour d�shydrater certains produits agricoles, pour chauffer des serres... Les utilisations sont multiples. M�me si la r�cup�ration de l'eau demande l'implantation de forages, op�ration relativement co�teuse, le co�t d'exploitation, lui, est tr�s faible ce qui fait de la g�othermie une �nergie bon march�, enti�rement nationale puisque ne n�cessitant aucune importation de minerai. De plus l'impact sur l'environnement est minimal puisqu'il n'y a pratiquement pas de rejets ni de d�chets. D�barrass�e de sa chaleur, de ses calories, l'eau chaude circulant dans un circuit ferm� repart dans la couche g�ologique d'o� elle est venue (Benderitter 2005). L'�changeur de chaleur est d'un volume de quelques m�tres cube et il n'y a pas m�me de chemin�e.

��������������� Les risques techniques sont insignifiants ce qui est � mettre en perspective avec ceux de naufrages, explosions ou incendies des �nergies combustibles fossiles, et surtout ceux du nucl�aire. Ce dernier sujet est tabou en France puisqu'il suffit de deux heures sans refroidissement du coeur de l'un de nos nombreux r�acteurs atomiques, m�me arr�t�, pour conduire � une catastrophe qui changerait dans la minute notre destin � tous ce qui est inacceptable. Le seul r�el risque de la g�othermie est financier au d�part, relativement facile � g�rer : les sondages de recherche peuvent ne pas �tre tous productifs en sorte que quelques sondages sont parfois n�cessaires pour tester convenablement une nouvelle zone.

 

3.� Quantification du potentiel g�othermique de Meuse�Haute-Marne : des �lans de 1974 et 1980 � la suspension de la fin 1982

��������������� Les potentialit�s g�othermiques du Trias inf�rieur de Lorraine, et tout particuli�rement � Bure, bien connues dans les ann�es 1970, ont �t� oubli�es pendant une vingtaine d'ann�es - sauf par l'ANDRA, qui ne l'a pas mentionn� lors de l'enqu�te publique en 1997, car elle avait un autre projet pour le site, comme nous le verrons plus loin.

��������������� Avec le premier choc p�trolier, � l'automne 1973, le gouvernement �tablit une structure d�di�e � la mise en valeur de la g�othermie et fait r�aliser des synth�ses sur la ressource (1974-76). Cette d�marche est relay�e par les acteurs locaux et les articles, tant dans la presse locale que dans la publication de la Chambre de Commerce de la Meuse, t�moignent que l'int�r�t �tait vif (Fleury 2003). Le deuxi�me choc p�trolier en 1979-80 entra�ne la r�alisation d'�tudes appliqu�es (1980-81).

��������������� En Lorraine occidentale, la ressource dans la couche des "gr�s lorrains" (Buntsandstein, Trias inf�rieur) est optimale sur un axe SW-NE : le �golfe� des "gr�s lorrains". Et sur cet axe, les techniciens du BRGM ont d�sign� � l'aide d'un cercle sur la limite Meuse�Haute-Marne une zone particuli�re class�e de �bonne productivit��. 15 ans plus tard, la "zone de transposition"(1) ((x) notes en fin de texte) de l'ANDRA est pile dans ce cercle. Sur une telle surface de 250 km2, il y a la place th�orique pour 40 doublets g�othermiques (dans le Val de Marne, on en est � 17 sur 200 km2; Lemale et Jaudin 1998, p. 84). Les conditions attendues sont l� optimales pour la g�othermie parce que : a) on est sur l'axe des apports de ces vieux s�diments (peu de faci�s s�dimentaires fins attendus),� b) l'�paisseur (dont d�pend la productivit�) qui va en augmentant vers l'Est est d�j� importante (plus de 100 m�tres) et� c) la temp�rature qui par contre va en diminuant (comme la profondeur) vers l'Est est encore importante (> 60�C attendus). Mais les projets d'alors ont �t� lanc�s l� o� existaient d�j� des r�seaux de chaleur, dans les villes (comme St Dizier), qui sont en position excentr�e par rapport � ce golfe. Ils ont �t� suspendus en 1982 par prudence technico-financi�re, des difficult�s de r�injection ayant �t� rencontr�es sur des gr�s dans l'Ouest du Bassin de Paris, bien qu'il s'agisse d'un niveau diff�rent (Trias sup�rieur qui chez nous est du sel), et aussi d'un r�servoir hydraulique qui n'est en rien comparable � celui des "gr�s lorrains".

��������������� Toutefois, le bon potentiel du Trias inf�rieur de Bure n'a jamais fait l'objet de tests, puisque l'ANDRA malgr� les rapports tr�s favorables du BRGM, puis les demandes beaucoup plus r�centes formul�es au sein du CLIS, enfin au courant, n'a jamais prolong� ses forages jusqu'� lui !

4.� D�s les ann�es 80, il y a trop d'�lectricit�

��������������� Le nucl�aire lui aussi a �t� boost� par le premier choc p�trolier dans un certain nombre de pays. En France, les industriels du secteur qui conseillaient les gouvernements via la commission PEON (Production d'Energie d'Origine Nucl�aire), annon�aient que le kWh nucl�aire reviendrait � peu pr�s moiti� moins cher que le kWh thermique fossile. Le programme engag� en 1970 est brutalement acc�l�r� en 1974-75 avec une intensit� sans �gale dans le monde. Il s'en suit une surproduction et un endettement consid�rables. En 1994 d�j�, l'�quivalent de 11 r�acteurs atomiques sur le territoire fran�ais travaillent uniquement pour les pays voisins qui nous laissent cependant les d�chets. Plusieurs rapports montreront, d'abord en 1977 (rapport dit Schloesing), que le co�t du KWh �tait d�j� au moins 2,5 fois celui annonc� par la commission PEON, et en 1997 (rapport dit Rouvillois) que les exportations d'�lectricit� se faisaient, officiellement, l�g�rement � perte. La dette d'EDF est pass�e de 31 � 240 milliards de francs entre 1973 et 1993.

 

5. La pouss�e du chauffage �lectrique, le soutien du nucl�aire et la mise � l'�cart de la g�othermie

��������������� Le poids de la dette nucl�aire a verrouill� pour longtemps le d�veloppement de toute autre forme d'�nergie. Cette dette ne pouvait �tre couverte que par l'expansion forcen�e des ventes d'�lectricit�, par la conqu�te par tous les moyens de "march�s captifs" comme le chauffage �lectrique.

��������������� A partir du milieu des ann�es 1970, parall�lement � des actions en direction des professionnels du b�timent, EDF applique une puissante pression publicitaire qui, au milieu des ann�es 1990, b�n�ficie d'un budget du m�me ordre de grandeur que celui de l'ADEME. Une note de r�union des services minist�riels (Industrie) montre qu'EDF se comporte comme un groupe de pression en faveur du chauffage �lectrique au sein m�me des instances de l'appareil d'Etat (in Gazette Nucl�aire n�2, p. 2-3). Du cot� des promoteurs immobiliers il est nettement moins co�teux d'installer des convecteurs qu'une chaudi�re et un r�seau de canalisations. Pour les locataires le r�sultat est inverse, mais comme le chauffage �lectrique rend les logements impropres � tout autre mode de chauffage, ils sont "captifs", ce qui assure � EDF un revenu sur le long terme. Pendant que l'emprunt/dette EDF augmente de mani�re vertigineuse, merci � la garantie de l'Etat, les communes qui ont r�pondu � l'appel et d�velopp� la g�othermie au tout d�but des ann�es 80 sur la pouss�e du gouvernement se retrouvent en pleine p�riode de d�flation � rembourser des emprunts contract�s au taux de 15% (ils sont tomb�s � 6,5% � la fin des ann�es 1990). Il n'y aura pas de cadeau de ce cot� l� mais un r�-�talement des pr�ts vers 1990. Comme les contrats de fourniture d'�nergie g�othermique pass�s avec les abonn�s sont index�s sur le co�t des �nergie fossiles (une garantie pour les abonn�s), le contrechoc p�trolier au passage 1985-86 laisse entrevoir une baisse des recettes pr�visionnelles, et avec des probl�mes de d�p�t/corrosion sur les doublets situ�s au N-NE de Paris, on regarde maintenant la g�othermie avec condescendance. La part de l'�lectricit� sur le march� du chauffage du logement neuf en France est devenue pr�pond�rante, elle s'est envol�e de 4 % en 1972 � 67 % en 1986. Il en est de m�me pour les logements anciens dont 165 000 ont �t� �quip�s du chauffage �lectrique pour la seule ann�e 1986 (DGEMP 1988, p. 13, 15). En 1995, le chauffage �lectrique, avec 30% de la consommation �lectrique domestique dont c'est le poste le plus important, repr�sente 47% de la puissance "appel�e en pointe". Il exige pour quelques jours, voire quelques heures par an, une �norme surcapacit� de production �lectrique (Belbeoch & Belbeoch 1998, p. 84; Pasdeloup 1998, p. 30). Le chauffage �lectrique qui exige un large sur�quipement n'est pas factur� � son prix de revient. Le surco�t, de l'ordre de 25 milliards d�j� en 1988, est r�parti sur l'ensemble des utilisateurs r�guliers qui sont ainsi p�nalis�s (DGEMP 1988).

��������������� A partir du 01/01/99 (Strauss-Kahn � l'Industrie), l'abonnement EDF/GDF passe � 5,5% alors que l'utilisateur de g�othermie est tax� � 19,6% soit 14,1 % de plus que celui au chauffage �lectrique ou au gaz. On a d� consid�rer qu'ils pouvaient payer, car les probl�mes techniques et financiers des ann�es 1985 �tant du pass�, il appara�t que la g�othermie est tr�s comp�titive. Compte tenu de la structure du prix de revient de l'�nergie g�othermique, cela repr�sente une p�nalisation de 70 � 80 �/an/foyer (ENER n�6, oct. 2004, p. 11).

������������ Pendant toutes ces ann�es les d�penses publiques de recherche et d�veloppement dans le domaine de l'�nergie sont importantes, plusieurs milliards de francs par an, mais les 2/3 vont � la seule recherche en �lectronucl�aire, un quart au p�trole et aussi � la fusion nucl�aire, le reste, �conomie d'�nergie et toutes les �nergies nouvelles ou renouvelables, se d�brouille avec les miettes restantes (Rapport Souviron, d�c. 1994, in Gazette Nucl�aire n�141/142, p. 9).

 

6.� Le chauffage �lectrique, une h�r�sie thermodynamique

��������������� La fili�re �lectrique thermique par des grosses unit�s de production est un proc�d� � faible rendement. Si le rendement global (apr�s pertes en ligne) est de l'ordre de 36% pour les centrales de combustibles � flamme, pour l'�lectronucl�aire, une fois l'autoconsommation de 7% d�duite (enrichissement), il descend � quelques points en dessous de 30%. Il est aberrant de retransformer en chaleur ce~ 1/3 utilisable pour se chauffer et on comprend pourquoi le chauffage �lectrique revient cher (Lenoir 1994; Pasdeloup, 1998). Les 2/3 de l'�nergie consomm�e servent � r�chauffer nos fleuves (ou la mer) et l'atmosph�re par d'�normes tours de refroidissement. C'est comme si, selon l'expression de M. Pasdeloup (1998, p. 29), les laiteries jetaient le lait �cr�m� (la chaleur) apr�s avoir tir� le beurre (l'�lectricit�) du lait. Ce que ne se permettent pas les industriels du lait semble au contraire aller de soi pour EDF.

��������������� En comparaison, le rendement de la chaudi�re d'habitation standard actuelle est sup�rieur � 85%, celui de la chaudi�re � condensation proche de 100% (depuis le 01/01/05 : cr�dit d'imp�t de 25%). La g�othermie profonde produit entre 9 et 44 fois plus d'�nergie sous forme de chaleur qu'elle ne consomme d'�nergie �lectrique pour les pompes (Lemale et Jaudin 1998, p. 97). Le solaire thermique ne consomme rien mais donne une �nergie utile. La cog�n�ration, g�n�ration simultan�e d'�lectricit� et de chaleur, est une fili�re int�gr�e o� il est fait plein usage de la chaleur r�siduelle du cycle de Carnot. Son rendement est de 85% (30-35% pour l'�lectricit�, 50-55% pour le chauffage) et le Conseil de l'Europe par r�solution du 08/12/97 a demand� son doublement dans la communaut� d'ici 2010 (en 1998, plus de 50% de� l'�lectricit� du Danemark a �t� produite en cog�n�ration; Schneider 2000, p. 11). Les r�seaux de chaleur existants, tous pr�s � r�cup�rer ces calories, se pr�tent particuli�rement � la cog�n�ration. Elle a �t� greff�e en 1999-2000 sur de nombreux r�seaux de chaleur servis par les doublets g�othermiques de la r�gion parisienne � l'occasion d'avantages fiscaux sur 5 et 12 ans. L'effet est pervers dans ce cas puisqu'il m�ne � la sous-utilisation de la boucle g�othermale au b�n�fice du gaz (tant qu'on n'aura pas augment� proportionnellement la taille du r�seau de chaleur), � l'emp�chement probable d'une baisse du co�t du chauffage pour les abonn�s qui a �t� effectu�e au m�me moment � d'autres exploitations g�othermiques, et alors que le chauffage �lectrique sans r�seau d'eau est hors d'atteinte... Cette r�cup�ration de la chaleur du cycle de Carnot par un r�seau thermique n'est possible qu'avec les petites unit�s (maison, h�pital, quartier, usine) et non sur des r�acteurs de plus en plus �normes (EPR de 1600 MW�) et group�s (6 r�acteurs � Gravelines...), synonymes de g�chis et de d�chets nucl�aires qui servent � r�chauffer le pays et les poissons, au moins pour ce qui concerne le chauffage �lectrique. E. Schumacher, conseiller �conomique du National Coal Board de Grande Bretagne, a r�sum� l'argument dans le titre d'un petit ouvrage c�l�bre : "Small is Beautiful..." ("... - A Study of Economics as if People Mattered", 1973).

��������������� Que les chiffres soient �tiquet�s avec le vocable de "consommation finale" ou "consommation primaire", pour exprimer les kWh �lectriques produits en tep pour comparer avec les autres �nergies produites, les statistiques fran�aises utilisent un facteur standard qu'une tep donne 4,5 MWh �lectriques utilis�s (1 MWh-0,222 tep), quelle que soit la fili�re �lectrique (rendement normalis� de 38,8%, la tep �tant 11,6 MWh). Outre la surestimation d'un facteur >2 par rapport � ce qui est utilis� (on transcrit en tep non pas ce qui est utilisable mais ce qui est d�pens� pour le produire), il faut voir que le rendement standard comptable (0,388) est sup�rieur � celui de la fili�re �lectronucl�aire (0,26-0,28), ce qui sous-estime la consommation �nerg�tique primaire atomique. A l'inverse, la m�thode surestime presque deux fois le pourcentage de l'hydraulique (rendement global 0,8), lui donnant de mani�re fausse en primaire un pourcentage relatif proche de celui qui est le sien, mais en consommation utilis�e. Si ces d�formations sont d�m�l�es et corrig�es (chiffres de l'ann�e 1990) : "On observe en particulier que, dans la r�alit�, l'�lectricit� satisfait 18,5 % des besoins �nerg�tiques en engloutissant 43,3% de toute l'�nergie primaire consomm�e, et non pas respectivement 36,9 % et 37,5 % que sugg�re la statistique officielle." (Lenoir 1994). Cette sorte de faux en �criture fait croire au pays qu'il doit �tre reconnaissant envers cette fili�re �nerg�tique.

 

7.� N�gation du potentiel g�othermique de Bure : le mensonge brut

��������������� Comme nous l'avons vu plus haut (chap. 3), l'ANDRA, pourtant parfaitement au courant des r�sultats positifs du BRGM, c�l�br�s avec enthousiasme par la presse de l'�poque (Fleury 2003), n'en avait souffl� mot dans l'enqu�te publique (1997, Bar-le-Duc) et il a fallu la curiosit� d'un opposant pour les exhumer et en alerter le CLIS (Comit� Local d'Information et de Suivi) en 2002. On a la preuve du mensonge par omission (voir plus loin chap. 9) qui a �t� suivi, une fois la supercherie mise en �vidence, d'un mensonge brut : la n�gation pure et simple du potentiel g�othermique de Bure.

��������������� Les pr�dictions du BRGM 1980-81 sur le bon potentiel g�othermique des "gr�s lorrains" avaient �t� confirm�es par un forage p�trolier r�cent et proche de Bure, � Lez�ville ("excellent r�servoir", "vraisemblablement tr�s peu saline"; Coparex 1989, p. 14-15, p. 31). De plus la "zone de transposition" est situ�e � l'aplomb d'une puissante accumulation d�tritique permienne (2000 m d'�paisseur) dont certains forages ont montr� qu'elle peut elle aussi �tre perm�able.

��������������� Pas plus que les r�sultats positifs du BRGM en 1976-81, l'ANDRA ne mentionne la description des "gr�s lorrains" par Coparex � Lez�ville. De surcro�t, elle instaure une situation de relatif "non savoir" en faisant arr�ter son forage le plus profond 600 m avant la cible g�othermique. Lorsque le CLIS a demand� des comptes (cf. chap. 9), l'agence, si discr�te jusque l�, s'est mise � pr�tendre que les "gr�s lorrains" auraient une "faible perm�abilit� globale", que les eaux seraient tr�s sal�es. En outre, elle �crit pour la temp�rature, dans le "Dossier 2005 Argile" rendu au Ministre d�l�gu� de l'Industrie avant la discussion de la nouvelle loi sur les d�chets nucl�aires : "Le gradient moyen est de 2,3�C/100m..., il est sensiblement plus faible que celui observ� ailleurs dans le bassin, de l'ordre de 3,3�C/100m..." (AND 06/05, II, p. 107, 168). Or ce n'est pas du tout ce qui a �t� trouv�. Le Rapport du prestataire de l'agence �crit pour le forage le plus profond r�alis� (HTM102) : "La diagraphie de temp�rature [dans le Lias et d�but du Trias] a mis en �vidence un gradient g�othermique de 5�C/100m, sup�rieur au gradient habituel de 3�C/100m... Toutefois, la temp�rature mesur�e � 1070 m/sol (42,5�C) est coh�rente avec un gradient g�othermique de 3�C/100m, ce qui correspond aux valeurs relev�es r�gionalement qui indiquent des temp�ratures comprises entre 60 et 65 deg.C � 1500m de profondeur (Atlas of Subsurface Temperature in the European Community)." (G�oservices avril 1995, p. 80 et fig. 50). Les mesures continues de temp�rature dans ce forage montrent en effet que le gradient vertical de temp�rature augmente avec la profondeur. Si on calcule ce gradient sur la mesure la plus profonde, 1070m de profondeur au forage HTM102 (Cirfontaines-en-Ornois), on trouve le gradient d�j� normal mentionn� de 3�C/100m (on calcule le gradient en soustrayant la temp�rature moyenne de surface, 10�C, puis en divisant par la profondeur). Mais cette valeur pourra �tre sup�rieure si on avait une mesure plus profonde (puisque le gradient est m�me de 5�C/100m � 1070m), et justement l'eau chaude est encore 600 m plus bas. Inversement, le gradient calcul� sera inf�rieur si on le calcule sur une mesure de temp�rature � 700 m de profondeur. La valeur normale du gradient en profondeur avait �t� mesur�e aux trois forages p�troliers profonds les plus proches au Nord et � l'Ouest ("Ruissard 1", "Rupt aux Nonains 1" et "Bienville 1"; AND 18/03/04, tab. 2 et fig. 3). L'agence nucl�aire ne fait pas �tat de ces mesures, particuli�rement HTM102, et exhibe en place de nombreuses mesures � ses forages, mais toutes en partie haute de la pile s�dimentaire, dans les 700 premiers m�tres, l� o� le gradient vertical de temp�rature est sous l'influence de facteurs de surface (empreinte thermique non encore dissip�e du dernier �pisode glaciaire, circulation d'eau...). La d�sinformation est plut�t vicieuse et bien pens�e.

��������������� Pour la perm�abilit� des "gr�s lorrains", outre le forage p�trolier de Lez�ville, elle a �t� d�crite comme "forte" sur la zone � au moins deux endroits dans le R�f�rentiel G�ologique 2001 de l'agence nucl�aire (AND 01/01, t.2, IV p. 6; t.5, II, p. 4). Or il n'y a aucune donn�e nouvelle mais l'ANDRA, une fois la pol�mique commenc�e au CLIS,� s'est mise � affirmer qu'elle est "faible"... Et l'IRSN et le Groupe Permanent D�chets et l'Autorit� de S�ret� Nucl�aire, on cite, "sur la base des explorations d�taill�es par l'ANDRA" (sic), accr�ditent en choeur le suppos� mauvais potentiel g�othermique de la zone de Bure � cause, est-il �crit, de "salinit� excessive des aquif�res et de leur faible capacit� de production d'eau." (IRSN 2005, p. 22; GPD 15/12/05, p. 6; ASN 01/02/06, p. 6). On notera que le dit "plus faible" gradient de temp�rature du "Dossier 2005 Argile" n'a apparemment pas �t� retenu par eux. La DRIRE, sous l'autorit� du Pr�fet, a aussi dans ses missions le devoir d'intervention pour pr�server l'acc�s aux ressources, dont la ressource g�othermique, mais... elle est contr�l�e par le corps des mines.

��������������� Lorsqu'ils produisent un avis, tous ces organismes se r�f�rent contin�ment � la R�gle Fondamentale de S�ret� III.2.f. parce qu'il n'existe aucun autre texte � caract�re r�glementaire pour les d�chets radioactifs. Si l'on supprime cette R�gle Fondamentale de S�ret�, il n'existe plus rien, c'est le vide, ce qui pourrait soulever un grave probl�me de confiance de la part de la population : sur la base de quoi pourrait-on d�cider ? Changer cette r�gle maintenant, ce serait d�finir la r�gle du jeu apr�s distribution des cartes, et cela serait d'autant moins cr�dible qu'il n'existe plus qu'un et un seul site. Alors puisqu'il est psychologiquement d�licat de changer la RFS, et puisque manifestement aucun des experts de l'administration n'a envie d'avouer qu'en choisissant ce site, on a consciencieusement viol� d'entr�e la RFS.III.2.f, la seule �chappatoire semble avoir �t� la n�gation. Ces experts marchent �videmment sur des oeufs. 15 pages apr�s l'avis juste cit�, l'IRSN (2005, p. 37) se plaint : "...aquif�re du Trias, aucune donn�e n'est � ce jour disponible � l'�chelle du secteur. L'IRSN regrette qu'aucun forage ANDRA n'ait atteint ces niveaux... L'IRSN consid�re qu'il serait n�cessaire d'acqu�rir de telles donn�es � l'avenir...". On comprend mieux maintenant que pour n'avoir rien � attendre de cet "avenir" �voqu� par l'IRSN, on ait pris la pr�caution de faire rapidement voter une loi sur les d�chets !

 

8. "Mise en coh�rence" de la direction du BRGM et de celle de l'ADEME avec la "politique �nerg�tique" du pays

��������������� Les techniciens du BRGM et de l'ADEME, les deux organismes comp�tents pour la g�othermie, connaissent bien la limite Meuse�Haute-Marne pour avoir expertis� son potentiel. Alors par prudence, ces deux organismes sont domestiqu�s. Une association, CEDRA-52, a pu obtenir suite � un long recours au tribunal administratif, un contrat qui a li� le BRGM et l'ANDRA en 1998 et exige : "le secret le plus absolu de ses agents qui auront, de par leur fonction, acc�s � tout ou partie des dites CONNAISSANCES" (contrat n�AIH 00 AA0, art. 10), cela alors que le BRGM, organisme d'int�r�t public, prenait � sa charge la moiti� du co�t de ces recherches (art. 5). Ensuite, on a nomm� des nucl�ocrates directement � la direction du BRGM, et avec un pouvoir croissant : Y. Caristan (10 mars 99, gouvernement Jospin) qui venait tout droit de Moruroa et 18 ans de CEA militaire, puis Ph. Vesseron (01/08/03, gouvernement Raffarin) de l'IPSN/CEA connu comme une figure incontournable de la carte nucl�aire. D�sormais, le Pr�sident-Directeur du BRGM (actuellement Ph. Vesseron) : "... a sous son autorit� le personnel qu'il engage, nomme et licencie" (d�cret du 20/09/04, art. 13). Un g�ologue qui ne respecterait pas la clause du secret ci-dessus mentionn�e, peut ainsi �tre licenci� en toute l�galit� directement par le Pr�sident-Directeur.

��������������� Le changement est plus r�cent (15/01/03 en remplacement de P. Radanne) avec la nouvelle pr�sidente de l'ADEME, Mme M. Pappalardo qui vient de la finance, ex Pdg de France 2. Son mari, F. Goulard, ministre d�l�gu� � la Recherche (tutelle de l'ADEME et du BRGM), d�fendait il y a peu sur les ondes "l'int�r�t de la plan�te, c'est de revenir au nucl�aire" (Europe I 10/04/06). M. Pappalardo, depuis nomm�e membre du Conseil d'Administration de l'ANDRA (02/05/05), est charg�e de mettre son organisme � contribution pour le dit projet gouvernemental "facteur 4" : division par 400% des �missions de CO2 d'ici 2050. Comme elle exprimait sa propre opinion sur les ondes que les �nergies renouvelables ne rel�vent encore que "de la recherche" (France Inter, 13/08/03 rapport� avec indignation par Ph. Bovet in Le Monde Diplomatique 02/2004), il est clair que ce projet ne peut avoir pour but que l'imposition du renouvellement de l'�lectronucl�aire dans l'Hexagone. Une "Note de cadrage sur le contenu CO2 du KWh par usage en France" sign�e conjointement par l'ADEME et EDF le 14/01/05 met une excellente "note comptable-CO2" � la climatisation parce qu'elle travaille hors saison �lectrique (saison essentiellement cr��e par la promotion massive du chauffage �lectrique comme vu au chap. 5) donc utilise le nucl�aire en base d�fini par un : "sans �missions". EDF ne cache pas son d�sir de voir se d�velopper la consommation de la climatisation. Le conseiller de M. Pappalardo vient de Armines, association qui coordonne avec les fabriquants et EDF le d�veloppement de la fili�re climatisation. Avec l'option r�versible qui se g�n�ralise, un climatiseur devient chauffage (pompe � chaleur) dit thermodynamique mais qui n�cessite en p�riode froide un appoint, souvent un chauffage �lectrique � r�sistance (les pompes � chaleur g�othermale n'ont pas ce d�faut; ENER n�5, 2004, p. 8-10). L'ADEME s'engage � suivre les conclusions qui sont tir�es de la "Note de cadrage" "pour l'instruction et le suivi des projets". L'agence n'a donc plus de raison de soutenir des solutions alternatives � la climatisation/chauffage thermodynamique classique. Comme le hasard fait bien les choses, au m�me moment (22/07/04) le Minist�re de l'Environnement int�grait � un "plan climat" une "aide � l'am�lioration des syst�mes de climatisation", ce qui a fait �crire � Que Choisir� (n�418, sept. 2004, p. 54) : "Le plan invente l'�trange expression de �climatisation durable�. Un contresens f�cheux puisque la clim, d�voreuse d'�nergie et �mettrice de puissant gaz � effet de serre, est tout bonnement incompatible avec le d�veloppement durable ( QC n�417).".

 

9.� G�othermie de Bure : le rapport Erdyn

��������������� En d�cembre 2002 survient la saisine du CLIS par l'un de ses membres, avec expos� des donn�es des rapports du BRGM sur la g�othermie de la limite Meuse�Haute-Marne (Mourot 2002).�� Il est montr� qu'on joue au chat et � la souris puisqu'en 1994, un rapport sur le Buntsandstein a �t� r�dig� par l'ANDRA, pr�cis�ment par l'un des auteur de la synth�se sur la g�othermie de la Meuse par le BRGM (C. Maiaux in Desplan et al. 1981). Ce potentiel, l'ANDRA ne pouvait donc pas l'ignorer, cependant elle n'en souffla mot en 1997 lors de l'enqu�te publique, et les nie maintenant, ce qui lui permet de contourner la R�gle Fondamentale de S�ret�, bien qu'aucun test par sondages n'ait encore jamais �t� effectu�.

��������������� Dans les mois qui suivent ces r�v�lations, le CLIS auditionnera des envoy�s de l'ADEME et du BRGM mais ces interventions ne clarifieront gu�re la situation. L'Association des Elus Meusiens et Haut-Marnais, AEMHM, a aussi rappel� � la m�moire les longs articles de la fin des ann�es 70 sur les promesses de la g�othermie profonde en Meuse (Fleury 2003). Le Pr�sident du CLIS et Pr�fet de la Meuse saisit l'agence nucl�aire (17/12/03) sur la mani�re dont "l'ANDRA entend appliquer la RFS III.2.f" et les r�ponses de l'agence sont celles rapport�es dans le pr�sent chap. 7. Sur "papier", car malgr� des demandes de forages aux "gr�s lorrains" par plusieurs membres du CLIS, et bien qu'une quinzaine de forages aient �t� r�alis�s en 2003 et 2004, tous seront arr�t�s bien avant la cible g�othermique. Finalement, le CLIS a commandit� une contre-expertise ext�rieure qui sera rendue le 12/12/05. On est 3 ans apr�s la saisine.

��������������� L'expert Erdyn (2005) remarque que sur le Sud Meuse�Nord Haute-Marne : "aucun forage n'a �t� fait dans le but d'exploiter la g�othermie (...) la salinit�, probablement tr�s �lev�e, ne serait sans doute pas � elle seule un obstacle : la corrosion des installations de g�othermie est aujourd'hui un risque ma�tris� en exploitation." (p. 18). "De nouvelles �tudes papier ne devraient �tre entreprises qu'apr�s la r�colte de nouvelles donn�es quantitatives, obtenues gr�ce aux travaux propos�s ci-apr�s. (...)� reconnaissance sur les couches du Trias qui nous int�ressent, (Muschelkalk et Buntsandstein), en pr�voyant de forer les couches sup�rieures du Permien d�tritique... Sc�nario �3 forages� : C'est le sc�nario que nous recommandons. Une disposition optimale de 3 forages de reconnaissance permettra un excellent calage du "mod�le" descriptif de la ressource." (p. 19).

10.� En 2006, la g�othermie a le vent en poupe

��������������� Le fonctionnement des boucles g�othermales d'Ile-de-France est aujourd'hui parfaitement ma�tris� et certaines d'entre elles (parmi celles sur lesquelles on n'a pas greff� de cog�n�ration � l'occasion d'avantages fiscaux) ont baiss� la facturation du chauffage de leurs abonn�s (ENER n� 5, avril 2004, p. 4). Leur disponibilit� est largement sup�rieure � 95% (Lemale et Jaudin 1998, p. 108). La� documentation ADEME & BRGM 2004 rapporte que (p. 27, 38 et 42) : "Il est temps de reprendre les travaux d'acquisition et de diffusion des connaissances sur le reste du potentiel du territoire national : c'est l'objet du nouveau partenariat entre l'ADEME et le BRGM lanc� en 2002."; "L'objectif affich� est ainsi d'assurer une croissance forte du parc naturel (+50% sur l'Ile-de-France, d'ici � 2020, en exploitant au mieux la ressource g�othermale existante)."; "Aide de l'ADEME pour de nouveaux forages. Elle peut atteindre 30% du co�t du forage.". Un rapport de l'Office parlementaire constate aussi : "Les r�alisations du Bassin parisien sont incontestablement des exp�riences concluantes mais qui n'ont toutefois pas emp�ch�, dans les ann�es 1970-1980 [nota : c'est 1980-1990], la g�othermie d'avoir une image n�gative pour des questions de non-rentabilit� suppos�e et de probl�mes de corrosion non ma�tris�s. Or ces deux assertions sont totalement fausses aujourd'hui." (Birraux et Le D�aut 2001, p. 116). Et la loi du 13/07/05 sur la politique �nerg�tique s'�crit (art. 4) : "... production directe de chaleur... Les �nergies renouvelables thermiques [dans lesquelles est class�e la g�othermie, art. 29]... leur d�veloppement constitue une priorit� essentielle et doit permettre, d'ici 2010, une augmentation de 50% de la production de chaleur d'origine renouvelable.".

��������������� Par ailleurs, la synth�se Erdyn ( 2005, p. 23) rapporte plus sp�cifiquement que : "... l'ADEME et le BRGM relancent d�but 2006 un programme de recherche dirig� vers les r�servoirs dits �clastiques�, qui privil�gie notamment les couches argilo-gr�seuses du Trias. Dans ce cadre, la Direction technique de l'ADEME � Sophia-Antipolis confirme son int�r�t pour le projet de Bure.". La suspension de la fin 1982 pour le Trias (cf. chap. 3), est donc enfin lev�e. Les probl�mes qui ont �t� rencontr�s dans le Trias sup�rieur du Sud-Ouest et Ouest du Bassin de Paris, pr�cipitations de collo�des et formations de bulles, peuvent �tre corrig�s par quelques actions physico-chimiques dont il faudrait tester la rentabilit� �conomique. Mais surtout le fluide g�othermal des "gr�s lorrains" (Trias inf�rieur), dont l'alimentation hydraulique n'a rien � voir avec celle du Trias sup�rieur � l'Ouest du bassin, lui, n'a toujours pas �t� test� et pourrait donc tout simplement ne pas pr�senter les probl�mes de l�-bas. Dans tous les cas, les �coulements seront les plus faciles l� o� les gr�s auront les grains (et donc les pores) les plus gros possible, donc dans l'axe d'apport de ces gr�s sous la "zone de transposition"(1) o� il faut chercher en priorit� (voir figures).

��������������� D�but f�vrier 2006, le Conseil des Ministres des Finances de l'Union Europ�enne a adopt� une mesure ramenant � 5,5% la TVA pour les r�seaux de chaleur d'�nergie locale non polluante et un programme europ�en est �tabli pour promouvoir des techniques innovantes d'exploitation de la g�othermie (ENGINE, Enhanced Geothermal Innovative Network for Europe).

11. Le "Tant pis pour la g�othermie" d'�lus locaux de Meuse�Haute-Marne

Pour la g�othermie, les �lus locaux �taient bien inform�s. Les collectifs contre l'enfouissement avaient envoy� un condens� du contenu des rapports BRGM 1980-81 sur la g�othermie, avec les cartes, � tous, 330 courriers. L'ANDRA a bien �mis des n�gations discr�tes sans parvenir � convaincre les �lus locaux qui ont permis par la suite qu'une contre-expertise ait lieu. Ils savaient avant le d�bat l�gislatif que le rapport et expos� Erdyn constate qu'on n'y a jamais �t� voir, que la p�riode est � la relance de la g�othermie, et qu'il faudrait 3 forages � la cible g�othermique pour quantifier. Les deux d�put�s du p�rim�tre de Bure (un de gauche et un de droite) ont bien demand� certains changements au texte discut� au Parlement, (nombre de laboratoires, option sub-surface, sch�ma des transports, dur�e de la r�versibilit�), changements qui ont �t� refus�s par la majorit� UMP votante, mais personne n'a parl� de g�othermie. Pourtant cette loi est, notamment, un choix technique parlementaire du site de Bure. Elle pose qu'il n'y a plus qu' "un laboratoire" (art. 11), et pr�cise aussit�t non sans humour noir : "centre de stockage... autorisation doit concerner une couche g�ologique ayant fait l'objet d'�tude au moyen d'un laboratoire" (art. 12). C'est donc un abandon de la g�othermie, bien qu'on ait beaucoup parl� finance et que la g�othermie soit pr�cis�ment un param�tre �conomique fort important de la zone des 10 km. Probablement les �lus, prisonniers d'une vision sur le court terme, ont-ils consid�r� que la compensation financi�re �tait suffisante ou meilleure. En �change de quoi, la loi : "conf�re � son titulaire...p�rim�tre d�fini par d�cret... droit exclusif... sous-sol" (art.12/L.542-8), et "en outre, � l'ext�rieur du p�rim�tre mentionn�..., un p�rim�tre de protection... peut interdire... activit�s... de nature � compromettre sur le plan technique..." (art. 12/L.542-9). C'est aussi "tant pis" pour le risque accru de "pollution provoqu�e" � des �poques plus lointaines, l'enfouissement revenant en effet � farcir de substances redoutables le sous-sol entre la ressource d�sirable intacte et la surface habit�e.

12. Il y a tant d'autres sujets de d�sinformation � Bure...

��������������� Il n'y a jamais eu les 130 m�tres d'argilites qui figurent sur les prospectus de l'ANDRA depuis 12 ans et une contre-expertise demand�e par le CLIS doit �tre, enfin, en cours sur ce sujet. Le concept-2005 des alv�oles "B" �r�versibles� d�crit des bombes potentielles en un mois de temps puisque ces alv�oles une fois pleines, le seuil d'explosivit� serait atteint en 30 jours pour le taux d'hydrog�ne (AND 06/05, I, p. 457) et que des �nergies extr�mement faibles, telles que la chute d'un fragment de b�ton, suffiraient pour allumer l'hydrog�ne. La r�versibilit� du "stockage" est donc � fortiori une utopie.

 

13. Conclusion : l'abandon r�mun�r� de l'espoir ?

��������������� La g�othermie offre de solides atouts : ressource du terroir, simplicit�/robustesse, co�t stable bon march�, risques insignifiants, exemplarit� sur le plan environnemental. Son exploitation est relativement r�cente et fait l'objet d'am�liorations techniques r�guli�res. La zone de Bure avec un puissant r�servoir composite (cf. chap. 3 et 7) devrait se pr�ter � une exploitation innovante et durable. La ressource est � disposition au moment o� une envol�e des prix de l'�nergie est annonc�e pour les prochaines d�cennies.

��������������� En contraste le co�t r�el final du nucl�aire est inconnu. Les d�bats sur la nouvelle loi sur les d�chet nucl�aires ont montr� des affrontements sur les moyens, bien fragiles face aux al�as du temps, de garantir la p�rennit� de fonds d�di�s, pour le d�mant�lement et pour l'enfouissement (dont le rebouchage des puits...). La raison pour laquelle cette �vacuation d�finitive serait la moins co�teuse est qu'on veut les mettre "en l'�tat". Et l'�tat des "B" et "C0", les seuls qu'on veut (peut) enfouir de suite, n'est pas reluisant(2). On comprend bien aussi que les faire dispara�tre sous le tapis est une n�cessit� pour faire accepter la construction d'EPR ou la dite "4�me g�n�ration" (� mettre au point avec l'argent du contribuable), la grande pr�occupation actuelle du lobby nucl�aire qui semble n'avoir qu'� dicter ses d�sirs aux gouvernements/parlements qui se succ�dent.

��������������� Le projet � Bure est pourtant particuli�rement vicieux. Le nucl�aire vient l� emp�cher l'utilisation d'une autre �nergie, puis, la m�moire perdue, transformera une intrusion en histoire d'horreur. La pollution de l'aquif�re oxfordien, qui restera quoi qu'on fasse � quelques d�cam�tres de l'endroit o� l'on veut loger les d�chets de 68 r�acteurs atomiques plus les militaires, serait premi�re dans l'ordre des choses. Plusieurs puits ou descenderies "rebouch�s" en fonction des sous qu'il restera, traverseraient d'ailleurs ces quelques d�cam�tres. Alors qu'il est d�j� utilis� tout pr�s de Bure (Lez�ville), un forage ANDRA � Montreuil-sur-Thonnance a confirm� que cet aquif�re peut �tre productif� loin des failles, et qu'il produit une eau plus pure que celle d'Evian parce qu'on n'y trouve pas le tritium des tirs atomiques a�riens. Quel contraste en gestion avec la r�gion parisienne, o� � l'exact oppos� au m�me moment, ce type d'aquif�re propre, � quelques centaines de m�tres de profondeur, est prot�g� comme une r�serve "strat�gique... en cas de crise nucl�aire ou chimique grave" (Miserey 2006).

��������������� La nouvelle loi du 15 juin 2006 sur les d�chets nucl�aires est, notamment, le choix technique parlementaire de Bure. Elle pr�voit que moins de 9 ans apr�s le d�but de la construction du laboratoire qui n'est m�me pas encore termin�, sera donn� le go ahead pour am�nager les structures d'enfouissement. Les Belges (7 r�acteurs) qui n'avaient gu�re d'autre choix que l'argile comme roche, y ont construit un laboratoire en 1983, il y a 23 ans. Et, depuis, ils �tudient... La France s'appr�te � faire un miracle � Bure.

��������������� Les �lus locaux ont pris cette d�cision de troquer un grand cube de terre dans la r�gion de Bure contre une dotation. La valeur de l'objet g�othermique pris dans le troc peut �tre �valu�e � 60 � 100 ans d'�nergie bon march� pr�visionnelle, avec les techniques nouvelle g�n�ration, � chacun de 40 doublets g�othermiques en parall�le qu'autorisent les 250 km2 de la "zone de transposition"(1) id�alement centr�e sur la ressource (figs). Et si de tels doublets g�othermiques venaient � �tre utilis�s comme le font certains de nos voisins europ�ens pour stocker l'�nergie d'�t�, on pourrait les faire durer de g�n�ration en g�n�ration. Ceci se passe dans un silence d'incompr�hension et surtout de non-avertissement des habitants. Le nombre impressionnant d'incertitudes et l'extr�me difficult� technique du projet d'enfouissement qui se ferait pile � l'aplomb de la ressource g�othermique n'apparaissent jamais, on ne parle que de l'arriv�e des dotations. Il y a une demande d'une consultation de la population p�titionn�e par 50 000 personnes. L'ancien Pr�sident du Conseil G�n�ral de Haute-Marne l'avait promise par �crit. M�me � titre consultatif les �lus locaux aux commandes maintenant ne veulent pas en entendre parler. Pourtant, l'espoir port� par cette terre de la limite Meuse�Haute Marne, � juste titre reconnu par les acteurs locaux en 1970-80 ["la cr�ation d'activit�s nouvelles fond�es sur des ressources n'ayant pas encore �t� exploit�es : le meilleurs exemple est la g�othermie, �nergie propre, certainement porteuse d'avenir." (F. Collot, Meuse Economique, n�21, 1978)] est plus que jamais d'actualit�.

Ce texte est une synth�se. Le document complet (37p.), avec les m�mes paragraphes, mais d�velopp�s sur le plan technique, peut �tre consult� et t�l�charg� sur ce m�me site.

Nous remercions MM. Y. Benderitter et J. Lemale pour la documentation technique qu'ils ont mise � notre disposition.

Notes

(1)

L'ANDRA a d�fini une "zone de transposition" de 250 km2 comme un "domaine g�ographique que l'on puisse consid�rer g�ologiquement �quivalent au site du laboratoire". Il est limit� � l'Est par le foss� de Gondrecourt avec "une zone de garde" de 1,5 km, au Sud � proximit� du forage HTM102 de Cirfontaines, parce que la couche est trop mince et � cause de failles, � l'Ouest parce que la profondeur de la couche d�passe 630m, enfin au Nord sur un "crit�re plus qualitatif", "par l'apparition d'incursions plus silteuses dans les argilites" (AND 06/05, II, p. 119; IRSN 2005 p. 31).

(2)

On a donn� une description des d�chets "B" et "C0" qui est t�l�chargeable sur :

www.dissident-media.org/infonucleaire/dechets_bure.doc

 

Bibliographie :

ADEME & BRGM� nov. 2004, "La g�othermie", collection "Les enjeux des g�osciences", sous la direction de J. Varet, 44p.

AND 01/01 : "R�f�rentiel g�ologique du site Meuse/Haute-Marne", 5 tomes, janvier 2001, ANDRA.

AND 18/03/04 : "Site Meuse/ Haute Marne, G�othermie, Inventaire de nouvelles donn�es", 32p., mars 2004, ANDRA.

AND 06/05 : "Dossier 2005 Argile", juin 2005, ANDRA

*� "Tome Architecture et gestion du stockage g�ologique", 497p.

*� "Tome Evolution ph�nom�nologique du stockage g�ologique", 520p.

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