24 juin 2003, à propos de la géothermie à Bure 
Lettre adressée au Rédacteur en Chef de L'Est Républicain (Bar-le-Duc)

Aucun écho dans la presse…

      Monsieur,


     «Bure sans surprise majeure » titre le numéro de mardi (24/06/03). « Depuis décembre aucun événement marquant n’est à noter » disent le directeur de l’Andra et le responsable du site. Minimisé, donc, le séisme du 22 février … et occultée la question des ressources géothermiques sur laquelle monsieur André Mourot, géophysicien,  avait pourtant attiré l’attention il y a peu. Ainsi va la vie, et les grands ordonnateurs de l’enfouissement irréversible en grande profondeur font le choix délibéré de condamner la possible exploitation d’une des richesses de notre sous-sol en prétendant que ça n’en vaut pas la peine. Nous souhaitons donc apporter ici notre contribution en remontant un peu le temps.

     Les efforts de l’ANDRA pour minimiser l’importance des ressources géothermiques, entre autres dans la région de BURE, nous laissent pour le moins perplexes lorsque l’on se reporte aux enthousiasmantes  perspectives décrites il y a 24 ou même 29 ans.

     Dans un article de taille respectable, du 10 octobre 1974, sous la plume de Bernard OUDIN, l’Est Républicain titre : « La houille rouge : une richesse à exploiter ». Il cite à cet égard une étude du BRGM sur les possibilités géothermiques de la Lorraine qui, dès cette époque, établit que « la température de l’eau des grès, qui n’est que de 30° dans la région de Nancy-metz, s’élève progressivement pour atteindre et même dépasser 70° dans le secteur de Bar-le-Duc ».
     Le rédacteur poursuit : « Le conseil général de la Meuse, qui fit réaliser, en 1972, une étude sur la qualité des eaux de certaines sources meusiennes, suivra certainement les conclusions de M Michel d’Ornano, ministre de l’Industrie qui, en octobre dernier, a déclaré : « Un développement rapide de la géothermie s’impose. Progressivement, cette nouvelle forme d’énergie sera systématiquement prise en considération là où elle pourra être utilisée, afin que les ressources françaises soient ainsi valorisées au mieux » ».

     Le 12 février 1975, carte à l’appui, l’Est Républicain titre sur cinq colonnes : « L’énergie peut être tirée des nappes souterraines. La Lorraine bien placée pour remplacer l’or noir par…l’eau chaude ». Le quotidien fait référence à une enquête sur le bilan énergétique de la Lorraine dont le rapporteur était M André BLANCHOT, membre du Comité économique et social, dans le contexte de la nomination de « Monsieur Energies nouvelles » (Jean-Claude COLLI). L’auteur conclut : « Voilà un domaine où la Lorraine, on vient de le voir, peut se mettre sur les rangs, puisque l’existence d’une nappe profonde d’eau chaude - qu’il ne reste plus qu’à exploiter - a été mise en évidence avec certitude ».

     Le 25 octobre 1978, l’Est Républicain parle des recherches pétrolifères qui ont lieu dans la région de Bar-le-Duc et termine : «En tout cas, les études effectuées actuellement par la Compagnie générale de géophysique, même si elles n’aboutissent pas à découvrir une poche pétrolifère importante, auront le mérite de compléter la carte du sous-sol meusien, dont on est déjà sûr, qu’à défaut d’or noir, il renferme quantité d’eau très chaude : la houille rouge qui pourrait être elle, une source de richesse économique appréciable pour la Meuse».

     « Meuse économique », publication de la Chambre de Commerce et d’Industrie, n’est  pas en reste. Le numéro 21 (mars 1978) consacre un dossier au sous-sol en Meuse (1ère partie, pages 7 à 22). Dans la mise en valeur systématique de ses matières premières, peut-on lire dans l’éditorial, « se dégagent deux voies de recherche » (ndlr : déjà à cette époque, la Meuse affectionnait les « voies de recherche »). Une des deux voies porte  sur  « la création d’activités nouvelles fondées sur des ressources n’ayant pas encore été exploitées : le meilleur exemple est la géothermie, énergie propre, certainement porteuse d’avenir ». Et d’indiquer dans le numéro 22 (mai 1978), deuxième partie du dossier, page 12 : « Géothermie : des calories en abondance sous la Meuse ».

     En décembre 1979 (n° 32), « Meuse économique » récidive dans un dossier sur l’ « Energie en Meuse, l’actuel et le possible » : « La Meuse est bien placée pour cette source de chaleur souterraine […] La température croît avec la profondeur : on atteint 85°C à Bar-le-Duc, ce qui a été confirmé lors du sondage d’ESSO-REP à BAZINCOURT, et 60°C à VERDUN, SAINT-MIHIEL ».
     L’article termine : « Chaque jour, la géothermie devient plus intéressante. Que faut-il pour qu’elle fasse 
surface ? ».

     Certes, nous disait-on déjà, cette eau chaude est fortement minéralisée. Mais même en ces temps anciens, la faisabilité technique et économique d’une possible exploitation semblait ne pas devoir poser de problème majeur…A plus forte raison aujourd’hui.

     En mai 1993, dans un dossier spécial sur la Meuse, le journal « Les Echos » évoquait à son tour, page 27, « les produits du sous-sol : les atouts du jurassique ». « Une autre grande ressource de la Meuse est l’eau ! Sous les vallées, des nappes d’eau profondes, abondantes et pures circulent […] On estime qu’un milliard et demi de mètres cubes sont disponibles dont une très faible partie est utilisée. Certaines eaux, notamment dans la région d’Etain, sont très fluorées ; d’autres, plus profondes, sont chaudes, entre 60 et 70° à 1300 –1500 mètres de profondeur ».
    « Ainsi, la Meuse a ses richesses, il suffit de creuser ».

      Alors creusons ! 
     Mais certainement pas pour enfouir juste au-dessus, et de manière irréversible, des déchets radioactifs extrêmement dangereux et à vie extrêmement longue, c’est le moins que l’on puisse dire !