LES DÉCHETS NUCLÉAIRES

(Les voies de recherche)

 

HISTORIQUE

LES DECHETS

LA LOI DU 30 DECEMBRE 1991 (dite loi BATAILLE)

ANALYSES DE LA SITUATION

CONCLUSIONS

 

 

HISTORIQUE :

Sous l'impulsion du Général de Gaulle dans la fin des années 1950 s'est développée l'industrie nucléaire en France et ce pour deux raisons principales :
- assise d'un pouvoir militaire français en se dotant de l'arme nucléaire (filière militaire).
- assise d'un pouvoir énergétique français (filière civile productrice d'électricité).
La liaison étroite entre ses deux filières (mêmes sites d'accueil des installations productrices, mêmes chercheurs travaillant sur différents projets) a entraîné la mise sous secret (militaire, scientifique, d'état) de cette industrie. Jusqu'à ce jour la filière civile n'a pu par ce fait se débarrasser de cette suspicion qui entoure les choses secrètes.

Après le choc pétrolier de 1971, la France choisit la politique énergétique du tout nucléaire. A l'heure actuelle, la France est le pays le plus nucléarisé au monde (plus de 75 % de son énergie électrique provient du nucléaire). Cette industrie a généré jusqu'à présent un volume important de déchets de par son activité. Ce à quoi viennent maintenant s'ajouter les déchets dus au démantèlement des centrales nucléaires.

Les responsables du nucléaire ont maintenant un problème à résoudre : que faire d'un volume de plus en plus important de déchets dont l'activité et la durée de vie sont telles qu'ils resteront dangereux pendant des milliers d'années ?
L'ANDRA (l'agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) choisit l'option de l'enfouissement (nous sommes en 1982).
Suite à un inventaire des régions jugées favorables sur le plan géologique, une carte a été établie en 1983. En 1987, le Gouvernement révèle le nom des quatre départements : l'Ain, l'Aisne, le Maine et Loire et les Deux-Sèvres. L'ANDRA commence aussitôt les forages.
Mais c'était sans compter sur la mobilisation des populations : manifestations violentes avec des blessés. Les pouvoirs publics prennent conscience du problème, comprenant qu'ils ont fait une erreur en laissant ce dossier dans les mains de spécialistes qui ne l'ont traité que sur le plan technique. Le 9 février 1990, le Premier Ministre Michel ROCARD décide un moratoire d'une année. Les autorités tirent les leçons de l'opposition des populations et choisissent de faire porter leurs efforts sur la communication : une loi est votée le -1O décembre 1991 (loi Bataille). On ne parle plus d'enfouissement et les élus sont invités à faire acte de candidature pour un "laboratoire de recherche". On versera 60 millions de francs pendant dix ans. Le laboratoire souterrain n'est pas un laboratoire de recherches classique.
Il s'agit d'un laboratoire géologique, destiné à qualifier un site, donc à vérifier la capacité des couches géologiques- à accueillir ultérieurement un stockage.
En surface, il couvrirait de 0 à 50 hectares, les installations souterraines peuvent être évaluées pour le site de Bure à un bloc d'argile de 2 km x 2 km sur 100 mètres de hauteur.

En décembre 1991, quatre départements sont retenus : le Gard, la Vienne, la Haute-Marne et la Meuse. Aucun de ces départements ne correspond aux sites précédemment retenus La sélection est basée sur des critères politiques, économiques, et d'acceptation des populations avant d'être scientifiques.

LES DECHETS

Les déchets radioactifs sont considérés " à vie courte " quant au bout de trente ans, plus de la moitié de la radioactivité a disparu. Dans le cas contraire les déchets sont considérés à vie longue (de centaines d'années à plusieurs milliers d'années). On se trouve confronté à des dimensions scientifiques sans commune mesure avec
les chiffres de notre vie au quotidien. On a un aperçu de ces données scientifiques, de ces chiffres dans les sciences liées à l'étude de notre planète, tant de son passé (paléontologie, géologie) que de son entourage (astronomie).
Dans le cas particulier des déchets radioactifs, les chiffres posent le vrai problème : la durée pendant laquelle les déchets radioactifs vont être réellement nocifs et dangereux pour l'homme et son environnement.

Sur 1 kilo de déchets produits, 90 % d'entre eux sont des déchets à vie courte. Les 10% restants sont des déchets à vie longue et de forte radioactivité.
Les déchets à vie longue sont constitués par les "cendres" de la réaction nucléaire qui permet de produire l'électricité dans les centrales. Ces "cendres" sont récupérées lors du retraitement des combustibles, retraitement réalisé par la COGEMA à Marcoule et à La Hague.

Les volumes à stocker sont importants :
- déchets B de moyenne activité (80 000 m3 à 140 000 m3 en l'an 2000)
- déchets C de haute activité (de 3000 m3 à 4000 m3 en l'an 2000).
Ce volume ne tient pas compte des déchets issus du démantèlement de la moitié des 56 réacteurs arrivant en fin de vie utile entre 2005 et 2020. Il ne tient pas compte également des déchets d'origine militaire couverts par le secret.


LA LOI DU 30 DECEMBRE 1991 (dite loi BATAILLE) :

La loi BATAILLE après le moratoire d'un an décidé par le Gouvernement ROCARD
prévoit trois voies de recherches

- la recherche de solutions permettant la séparation et la transmutation
des éléments radioactifs (diminuant la nocivité et la durée de vie des déchets) ;
- l'étude des possibilités de stockage réversible ou irréversible dans des formations géologiques profondes
- l'étude de procédés de conditionnement et d'entreposage de longue durée en surface.

La loi prévoit également de confier la gestion des déchets à un organisme responsable l'ANDRA.
Sur 14 articles 11 traitent ou définissent les conditions propres à la création des laboratoires souterrains.

ANALYSES DE LA SITUATION

Analyse historique :

Par un machiavélique montage démocratique, on constate que les choix initiaux
d'enfouissement dans des couches géologiques profondes sont maintenus. Par contre les meilleures régions jugées favorables en 1981 ne le sont plus aujourd'hui. Pourquoi ?

Analyse de la loi BATAILLE :

La prise en compte par les responsables politiques (gouvernement ROCARD) du problème des déchets à très haute activité et à vie longue augurait en 1991 une prise de conscience publique du risque entraînant des débats ouverts.
Au lieu de cela on ne peut constater qu'une dérive. On se donne bonne conscience avec l'article ler : la loi devra prendre "en considération les droits des générations futures " et ensuite la loi n'offre aucune garantie de réversibilité ; les députés ont refusé l'amendement qui demandait d'inclure l'obligation de réversibilité, seule y subsiste la possibilité. C'est sur ce point que se polarisent toutes les questions des opposants à l'enfouissement en couches profondes. On constate également que les travaux géologiques préalables ont été effectués dans le Gard, la Vienne, la Meuse et la Haute Marne sans que les populations n'aient été consultées. Or l'article 6 de la loi précise "avant tout commencement des travaux de recherche préliminaire, une concertation avec les élus et les populations doit avoir lieu ". Le déficit démocratique est évident.


Analyse technique :

Qu'est ce que la réversibilité ? C'est la possibilité de pouvoir récupérer et reconditionner un colis dont l'enveloppe présenterait une dégradation entraînant une contamination.
C'est également la possibilité grâce à un conditionnement initial adéquat de pouvoir retraiter un déchet radioactif dans le cas d'une découverte, postérieure au stockage, d'un procédé pouvant réduire l'activité ou la durée de vie d'un élément.

Analyse générale et éthique :

Il faut impérativement comprendre que la réversibilité est une condition importante pour une gestion responsable de ces déchets. Car dans ce domaine, on n'a pas droit à l'erreur.
Il semble que dans les conditions et connaissances actuelles un colis stocké de façon définitive (galeries d'accès bouchées) puisse tenir sans se dégrader de 1OO à 400 ans. Après cela les radioéléments risquent, par leur remontée plus ou moins lente, de venir contaminer les nappes phréatiques. La concentration alors de la radioactivité dans la chaîne alimentaire sera une catastrophe pour la santé des populations.
On parle là de nappe phréatique, on ne parle pas de cours d'eau. Faudrait-il évacuer des zones ? On n'a pas droit à l'erreur, on ne doit pas laisser la place au doute. Il faut opter pour ne pas avoir à imaginer ce risque pour une gestion responsable de nos déchets.

L'ANDRA prévoit des barrières techniques : D'abord l'emballage, la vitrification, mais les éléments radioactifs détruiront en quelques années le verre qui les retient. Les galeries de génie civil seront à leur tour attaquées, puis enfin la roche. La barrière géologique qui prendra le relais des emballages déficients n'est pas inerte, elle, est sujette aux accidents naturels (sismicité). La géologie prospective inventée pour la cause n'est pas une science.

Les opposants à l'enfouissement, qui eux ne pensent pas à leur durée de vie politique, mais à la durée de vie des radioéléments proposent de façon responsable un stockage en surface ou semi-surface de l'ensemble des déchets actuels et futurs (démantèlement des centrales). Ces centres de stockages devront être liés aux sites existants (réduction du coût et du risque du transport). Ils devront assurer la réversibilité qui permettra :

l) de reconditionner un colis
2) de retraiter un colis en cas de découverte scientifique.

Cela engage effectivement l'homme d'aujourd'hui à mettre en place des systèmes de "gardiennage " (détection) et ce pour plusieurs milliers d'années, donc fort coûteux. Et c'est là que le bât blesse pour ceux (EDF, CEA, COGEMA etc. ...) qui ont fait l'impasse sur le coût du renouvellement et du démantèlement d'un parc nucléaire (500 à700 milliards) et sur le coût de la gestion des déchets (plusieurs dizaines de milliards ?).
Pour cette dernière impasse on a chargé l'ANDRA de régler le problème au moindre coût.
Aujourd'hui il faut prendre du recul et la sagesse doit s'imposer. Depuis le choix énergétique du nucléaire (1973), on n'a présenté aux populations le prix de revient du Kilowatt/heure qu'en fonction du coût de production. On a fait abstraction du coût d'élimination et aujourd'hui le problème se pose cruellement. Il est inutile de se positionner pour ou contre le nucléaire. Le nucléaire existe et nous avons aujourd'hui à gérer ses déchets. Deux possibilités s'offrent à nous
La formule économique mais à risques de l'enfouissement des déchets en couches géologiques profondes.
Cette solution n'est pas satisfaisante car le sous-sol est le plus mauvais endroit pour stocker des déchets à long terme. Il contient de l'eau qui circule et pénètre tout. Cette eau est extrêmement corrosive et finit par tout altérer. La solution du bon sens est pourtant simple, il faut laisser les déchets à la surface.

CONCLUSIONS

Il faut dépassionner le débat. Nous ne devons pas seulement appliquer un traitement politique à ce dossier. Il ne faut pas non plus se positionner uniquement pour ou contre le nucléaire. Le sujet est plus vaste et d'une autre importance. Les déchets nucléaires existent même si cela ne fait pas plaisir à tout le monde.
Aujourd'hui on se doit de proposer aux populations une alternative
- stockage réversible ou stockage irréversible.
On doit se poser des questions sur l'honnêteté intellectuelle des dirigeants de l'ANDRA. Pendant que les responsables locaux, prônent oralement une réversibilité d'une centaine d'années (délai de réalisation du centre de stockage), L'ANDRA avance dans le sens d'une solution définitive.
Les hommes politiques régionaux se laisseront-ils abuser longtemps, en tentant d'imposer la réversibilité ?
Pourquoi envisager des études en vue de la réalisation d'un stockage en couches géologiques profondes qui coûtent une fortune si ce n'est pour rendre le système irréversible ? Si l'on doit pouvoir y accéder pour reconditionner un colis ou le retraiter, choisissons donc de pouvoir y accéder facilement et fabriquons un centre de stockage moins coûteux en semi-surface.